Etes-vous BIM ready ?

Etes-vous BIM ready ? 2019-03-04T16:50:00+02:00

Article proposé par Jonathan RENOU

1. Le BIM

1.1 Qu’est-ce que le BIM ?

En France, on parle de Bâtiment et Informations Modélisées, en réalité, derrière cet acronyme se cachent trois notions indissociables :
• Building Information Model (la maquette numérique) ;
• Building Information Modeling (les méthodes) ;
• Building Information Management (le management).

Le BIM est une méthode de travail permettant de recentrer les compétences de chacun des intervenants au cœur du projet via une approche collaborative et concourante. L’objectif est de construire virtuellement le projet sous la forme de maquettes numériques (MN). Ces MN vont permettre, grâce à l’expertise de chacun des membres de l’équipe, de mener des analyses pour optimiser le projet et faciliter les choix dès les premières phases de conception. La taille du projet n’importe pas, l’objectif doit rester Bâtir Intelligemment et Mieux !

1.2. Les niveaux de maturité du BIM

Comme vous pouvez le voir sur la figure 2 ci-dessus, les niveaux de maturité du BIM correspondent à un degré de maîtrise du BIM par les différents acteurs.
En quelques mots :

• BIM niveau 1

On l’appelle aussi « lonely BIM ». C’est en quelque sorte un BIM isolé. Certains acteurs du projet (tous ou une partie) travaillent sur des maquettes numériques mais les échanges ne sont pas bidirectionnels. Ce niveau correspond, selon moi, à la phase d’apprentissage des outils. Modéliser en 3D est facile, modéliser dans le cadre du BIM en est une autre !

• BIM niveau 2

C’est avec ce niveau de maturité que commence le « vrai » BIM. Il y a toujours plusieurs maquettes numériques mais, comme le montrent les cubes sur la figure 2, le travail des uns est récupéré par les autres sans avoir besoin de le ressaisir. La notion de collaboration prend alors tout son sens. C’était d’ailleurs l’objectif à atteindre en 2016 en Angleterre dont le plan de déploiement du BIM a été initié en 2011.

• BIM niveau 3

Peu de projets dans le monde sont réalisés avec un tel niveau de maturité. Dans ce cas, tous les intervenants travaillent en même temps sur une maquette numérique unique. Cela implique un haut niveau de maîtrise du BIM et des outils pour l’ensemble des acteurs et soulève, aujourd’hui, un grand nombre
de questions (logistique, responsabilité, propriété intellectuelle, etc.).

1.3. Raisonnons en coût global

Selon le rapport du MIQCP (Mission Interministérielle pour la Qualité des Constructions Publiques), « 65% des économies réalisables sur le coût global ne sont possibles que si les bonnes décisions sont prises lors de la phase de conception ».

Toujours selon ce rapport et même si ces chiffres datent un peu, la figure 3 illustre l’impact significatif de la gestion et de la maintenance d’un ouvrage sur son coût global. C’est donc aussi un changement de mentalité qui est amené par le BIM : investir en conception pour gagner en réalisation mais surtout en exploitation !

A l’heure où le développement durable prend une part de plus en plus importante dans les projets, où les délais de réalisation raccourcissent autant que la  complexité des projets augmente, le BIM peut apporter une aide précieuse.

De l’analyse de ces courbes résultent les faits suivants :
• Courbe 1 : plus le projet avance, moins il est facile de le modifier.
• Courbe 2 : en relation avec la courbe 1, plus le projet avance, plus le coût des modifications augmente.
• Courbe 3 : dans un processus de travail classique, l’essentiel des efforts est fourni durant la phase d’exécution. Notez qu’avec la réduction ou la suppression des périodes de préparation, cette courbe a tendance à glisser vers la droite.
• Courbe 4 : au contraire, le processus du BIM vise à transférer, via une approche collaborative dite intégrée, la majeure partie de ces efforts en amont (faire glisser cette courbe vers la gauche).

Ce passage des efforts en amont (pour l’instant très abstrait) est rendu possible par les Maquettes Numériques enrichies avec des informations (bases de données) qui serviront ensuite de socle commun aux différents intervenants et à chaque étape du cycle de vie du projet.

1.4. Le «I» du BIM : l’importance de l’information

Le BIM n’existe pas sans base de données. C’est la richesse de l’information contenue dans les maquettes numériques qui en assurera la plus-value. Il faut donc définir qui renseigne quoi et quand :
Pendant les phases de conception : la base de données s’enrichira de l’expertise des différentes disciplines, ce qui permettra de prendre les bonnes décisions et de maîtriser le budget du projet.
Pendant les phases de construction (après appel d’offre) : les acteurs des différents lots (fabricants, fournisseurs…) vont pouvoir renseigner la base (avis techniques, modèles, références…).
Pendant la phase d’exploitation : la personne en charge de la gestion du patrimoine pourra interroger la base de données pour anticiper et budgétiser les
travaux nécessaires au bon fonctionnement de l’ouvrage. Elle devra également renseigner la base pour maintenir à jour la « biographie » du bâtiment jusqu’à sa
démolition qui pourra également avoir été prévue (dépollution, quantités, etc.).

1.5. Workflow, méthodes & processus

Il n’existe pas de recette miracle pour créer un processus unique qui s’adapterait à tous les projets.

Au contraire, plusieurs flux de travail peuvent être mis en place par le BIM manager pour prendre en compte les besoins et les exigences du client, l’interopérabilité entre les logiciels, les différentes phases du projet et aussi le niveau de maîtrise du BIM des différents intervenants.

1.6. Interopérabilité : le format IFC

Avant toute chose et comme j’ai même pu le penser par le passé, il est illusoire de croire qu’un format propriétaire puisse répondre à tous les cas d’usages du BIM !

Il est absolument nécessaire de disposer d’un format d’échange standard et ouvert pour que tout le monde puisse travailler ensemble. L’association buildingSMART (anciennement IAI : International Alliance for Interoperability) a travaillé à la création d’un tel format : l’IFC (Industry Foundation Classes). A ce jour, c’est ce dernier qui a été retenu pour favoriser l’interopérabilité entre les différents logiciels. Les éditeurs doivent faire certifier leurs solutions en import et en export. L’IFC n’est pas encore « mature » à 100%, toutes les données n’y sont pas encore intégrées.
Cependant, ce format évolue et sera probablement complètement opérationnel à moyen terme. BuildingSMART regroupe des entreprises du secteur de la construction ainsi que des éditeurs de logiciels. Son représentant en France est Medi@Construct.

2. Se préparer au BIM

Prendre la décision d’aller vers le BIM est de l’ordre de la vision globale du développement d’une entreprise car cela implique réorganisation et investissements.

Il ne s’agit pas uniquement de changer d’outil de travail, de technologie : il s’agit également de changer sa façon de travailler et de collaborer. La motivation, l’implication et le soutien du directeur sont des ingrédients essentiels dans une telle démarche.

Il peut être utile de solliciter un BIM manager chargé de réaliser un audit interne afin de définir une feuille de route adaptée à la structure.
Selon certains retours d’expérience, une baisse de productivité peut atteindre 30% sur une période de trois à six mois. À cela s’ajoute le coût de non-production
des salariés durant leur formation. Un gain de productivité de l’ordre de 50% est habituellement constaté par la suite.
Gardez en tête que modéliser en 3D est quelque chose de simple, construire virtuellement un ouvrage dans le cadre du BIM est tout autre chose.

Chaque élément doit être pensé par rapport à l’utilisation qu’en feront les autres membres de l’équipe : on ne travaille plus uniquement pour soi mais pour le projet ! Vu l’investissement, il est nécessaire de bien analyser chaque situation. Le choix est orienté vers les solutions qui répondent le plus à la pratique du métier.

Deux autres critères peuvent également être considérés :
• la courbe d’apprentissage;
• l’interface utilisateur.
Elles peuvent alourdir le passage vers le nouvel outil ou au contraire le rendre plus simple.
Recueillir l’avis de confrères, solliciter son revendeur pour une démonstration, assister aux présentations qu’organisent régulièrement les éditeurs peuvent aider
dans ce choix.

Le BIM a un impact sur l’ensemble de la filière et même au-delà : il en aura un, par exemple, sur les assurances. Toute la filière tirera profit du BIM :
• Diminution des erreurs ou omissions de conception.
• Réduction des litiges.
• Diminution des coûts de construction.
• Réduction de la durée des projets.
• Amélioration de la profitabilité des projets.
• Amélioration de la productivité du business usuel.
• Réduction de la non-qualité
• Création de la « carte vitale » du bâtiment.
• Gains importants (temps et argent) pendant l’exploitation et la maintenance du bâtiment.
• Capacité à toucher de nouveaux marchés.
• Etc.