BIM et réalité virtuelle

BIM et réalité virtuelle 2019-03-04T16:47:47+01:00

Interview de notre BIM manager Antonio CALABRESE

Peux-tu nous expliquer la différence entre réalité virtuelle et réalité augmentée ?

La réalité virtuelle oblige l’utilisateur à s’exclure du monde réel à l’aide d’un casque qui l’immerge dans un monde 3D 100% numérique. Comme son nom l’indique, la réalité augmentée rajoute des informations à la réalité. Il s’agit d’augmenter le niveau d’informations du réel. Les dispositifs de réalité augmentée superposent le réel avec des éléments complémentaires (textes, éléments 3D, …)

Réalité virtuelle et augmentée sont de plus en plus utilisées dans les phases chantier et exploitation. Dans le cadre de la gestion d’un bâtiment, la réalité augmentée autorise par exemple à regarder sur place à travers un plafond via une tablette pour identifier les réseaux de fluides. S’affichent alors le circuit 3D et les informations. La maquette numérique et le réel sont superposés.

Ces 2 réalités démocratisent la 3D, en quoi s’appliquent-elles au BIM ?

Ces 2 technologies se retrouvent dans différents domaines tels que le jeu vidéo, la médecine, l’industrie, …
En ce qui nous concerne, la modélisation 3D de la maquette rend l’ensemble plus lisible. La 3D permet de se situer dans l’espace pour mieux visualiser et interpréter la data.
Par exemple, certains promoteurs immobiliers et entreprises de construction mettent à disposition de leurs clients des visites virtuelles de leur futur appartement. Cela facilite la prise de décision.
Mais l’intérêt de ces outils ne s’arrête pas là. Ce n’est pas juste un argument commercial. Des outils logiciels dédiés au bâtiment permettent une revue de maquette à distance. Les différents acteurs du projet ne sont pas au même endroit mais peuvent se «balader» dans la maquette en simultané pour faire le tour du bâtiment avant sa production. La synthèse ne se fait plus en 2D mais via une rencontre «réelle» dans un espace virtuel, chacun à son bureau équipé d’un casque ou non.

As-tu un exemple d’utilisation de la réalité virtuelle dans ton expérience de BIM manager ?

Oui, le cas de notre client STX France en est une bonne illustration. STX utilise le cave du Technocampus de Montoir de Bretagne pour que l’armateur valide les choix. La maquette lui est présentée dans un cave. Il s’agit d’un cube de 3 mètres d’arête. Sur chaque paroi des images sont projetées et pilotées par des lunettes wifi. On est alors vraiment immergé dans un espace virtuel. L’utilisateur peut marcher, s’accroupir, … l’image suit. L’intérêt du cave est qu’on peut y entrer à plusieurs et visiter ensemble le même espace. Les lunettes sont transparentes, ce qui permet de voir les réactions des personnes qui nous accompagnent.
Les images ne sont pas diffusées sur les lunettes mais sur les murs de verre.

Tu as sûrement des anecdotes à nous partager

Oui. Chez Atlancad nous avons des postes équipés de casques de réalité virtuelle. A l’occasion d’un test, après un peu de temps passé avec le casque sur une conception, mon cerveau m’a joué des tours. En effet, même s’il comprend qu’il s’agit d’un faux il perd vite ses repères. Aussi, lorsque mon collègue m’a demandé
de poser les manettes sur le bureau (réel), je les ai déposées sur le bureau virtuel. La réalité virtuelle a trompé mon cerveau !
Une autre fois, j’ai même eu le vertige du haut d’un immeuble virtuel !

Quels outils de réalité virtuelle utilises-tu dans le cadre de ta mission ?

Nous utilisons des objets virtuels dans un monde virtuel mais pas d’immersion via un casque. Je m’explique.
Quand je vérifie que la maquette numérique est cohérente avec les différentes maquettes modélisées par les acteurs du projet par exemple. Il s’agit de «construire avant de construire» un bâtiment complet qui reprend les objets 3D avec la data associée. Cela améliore la qualité des projets. Cette analyse ne serait pas réalisable dans un process classique.
Les coûts sont diminués par rapport à une découverte de clash sur le chantier (ex : conduits d’aération, de chauffage, d’évacuation qui se croisent et s’entrechoquent). Tout est rapidement identifiable. Le temps est lui aussi économisé.

Avec quels logiciels es-tu amené à travailler ?

Navisworks mais aussi des visionneuses telles que BIMsight, Solibri, BIMvision, Evebim. J’utilise plus particulièrement Navisworks qui détecte les clashs et les classifie. Il faut savoir que dans un bâtiment de 30 appartements, on peut compter jusqu’à 3000 collisions. La plupart sont mineures et ne méritent pas
d’être relevées. Avec Navisworks je peux filtrer l’importance des clashs, les regrouper et les exporter au format .nwd ou .xls qui sont consultables sans avoir acheté le logiciel.
Dans mon expérience d’architecte, en ce qui concernait les présentations de la maquette en rendez-vous, j’appréciais les outils qui permettaient de texturer, animer avec des personnages, du mobilier urbain, des végétaux une maquette réalisée avec des logiciels métiers très puissants. Le fichier issu de ces produits
de type Enscape, Stingray, Twinmotion ou Lumion, était utile en rendez-vous client. Ce dernier pouvait se promener dans la maquette en temps réel avec un rendu réaliste. Ces logiciels sont compatibles réalité virtuelle. Il suffit d’exporter des scènes exploitables par les casques.

Quelle est ta vision de l’utilisation de ces technologies dans le secteur du bâtiment d’ici quelques années ?

La maquette numérique devient un standard dans la plupart des marchés sur lesquels nous intervenons.
D’ici 10 à 15 ans, la maquette sera entrée dans les mœurs. Dans un avenir plus proche, les revues de maquettes se feront à distance. Il n’y aura plus que très peu
de réunions sur site. C’est déjà le cas grâce à des logiciels sans casque de réalité virtuelle. Par ailleurs, la maquette numérique sera de plus en plus utilisée en phase chantier.

Tu es fan de séries TV. Quel est ton conseil vidéo pour aller plus loin ?

Je conseille la série «Black Mirror». C’est une série d’anticipation qui a pour sujet principal les nouvelles technologies. Il n’y a pas de personnages récurrents et chaque épisode est une histoire complète.
L’un de mes épisodes préféré traite de la réalité virtuelle. Toutes les personnes vivent dans une cellule et dans un monde virtuel. Leur seul lieu de rencontre réelle est une salle de sports. La condition physique est le critère clé qui donne accès à des informations en fonction de la note obtenue par chaque joueur… Je n’en dis pas plus pour ménager le suspense.